Préambule

 

Un bleu, un seul.

Un foudroiement de la rétine.

Une paralysie de l’œil.

 

Une lumière diaphane, irréelle, à peine perceptible , jaillissait d’un puits de pigment dessinant une projection sur un mur sombre ; Un carré bleu, vu à travers d’incertaines découpes, opérait comme une pure visibilité. Le pigment pouvait être lumière impalpable en même temps que matière volatile très imprégnant. Il pouvait être en même temps surface et profondeur. La logique de l’optique s’inversait car autour, il faisait noir. La seule phosphorescence du pigment, sa seule densité permettait un tel dessin.

 

Les compositions qui découlent de ma démarche s'appuient sur des variations de textes et sur une dissection du livre considéré comme objet. Les livres constituent la seconde donnée fondamentale de mon équation : Leur matérialité concrète comme le contenu des mots, sont autant de variables, de possibilités d'esquisser une progression scripturale du carré.

 

Si le bleu «n’a pas de dimension, s’il est hors de toute dimension », comme le déclarait Yves Klein, seule la mémoire peut le contenir et lui donner une forme.

 

Henri Bergson considère que l’immanence perceptive est le propre de l’œil et que la pensée permet de donner une structure à la vision. Dans la « phénoménologie de la perception », Maurice Merleau-Ponty admet son impuissance à posséder le bleu du ciel en pensée. Pour qu’il cesse d’être une « perception visuelle », il doit devenir un « monde », une construction.

 

Dans cette confrontation étroite, il est d’abord question de dessiner une mémoire.  Le carré bleu est devenu mon écriture. Il s'est imprégné comme un vertige sur le fond de mon œil. Il m'a donné à voir mon monde invisible. Sans ce bleu, je ne serais pas devenu peintre et sans les livres qui dessinent cette mémoire, je n'aurais pas supporté cet enfermement. Ils sont le toit de ma peinture »

 

 

 

Alain-Jacques Lévrier-Mussat