Préambule

 

 

 

Mes recherches artistiques se fondent sur l'énigmatique densité d'un pigment bleu de synthèse dont l'iridescence est restée gravée sur le fond de mon œil.

 

 « Un carré de lumière aux incertaines découpes opérait comme une pure visibilité ».

 

J'ai d'abord fait de cette vision entêtante une équation dont la géométrie s'est imposée comme le seul dessin possible. J'ai décliné un carré de lumière comme une écriture rétinienne, au rythme du millimètre pour reprendre l'expression d'Aurélie Nemours.

 

Face ou dans le bleu, je ne me suis a priori abandonné à aucun lyrisme, à aucune mystique malgré toutes les consciences passagères que le bleu inspire.

 

En constatant par l'expérience qu'un fragment de matière est une réalité cosmogonique en soi, des considérations philosophiques ont fini par perturber mon schéma formaliste initial. Sous la coupe d'un microscope, le pigment se dessinait comme une macroscopie et sa lumière comme une onde dispersive. En considérant ce perceptible, la poétisation fragile de la science m’apparaît désormais comme un univers de petites consolations, comme autant de remèdes et de constructions apportés à la déception du visible et au désir utopique de « voir plus ».

 

Merleau-Ponty disait que face à l'immanence, on ne peut demeurer un sujet acosmique.

 

En considérant que mes carrés géométriques soient perçus comme des ciels, j'ouvre mon équation à d'autres inconnues.

 

 

 

 

 

Alain-Jacques Lévrier-Mussat.

 

Janvier 2019